Allocution de Mikhaïl Gorbatchev qui met fin à ses fonctions en 1991.

Le 25 décembre 1991 à Moscou, Mikhaïl Gorbatchev se résigne à la démission de son poste de président de l'URSS lors d'un discours télévisé.


Auteur : Mikhaïl Gorbatchev
Date du discours : 25 décembre 1991
Lieu : Moscou
Catégorie : Politique

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Allocution de Mikhaïl Gorbatchev qui met fin à ses fonctions en 1991.

« En raison de la situation qui prévaut actuellement, je mets fin à mes fonctions de Président de l’URSS. En cette heure difficile, pour moi et pour tout le pays, alors qu’un grand Etat cesse d’exister, je reste fidèle à mes principes, qui m’ont inspiré dans la défense de l’idée d’une nouvelle Union. « J’ai défendu fermement l’autonomie, l’indépendance des peuples, la souveraineté des républiques. Mais je défendais aussi la préservation d’un Etat de l’Union, l’intégrité du pays. (...) La ligne du démembrement du pays et de la dislocation de l’Etat a gagné, ce que je ne peux pas accepter car j’y vois de grands dangers pour nos peuples et pour toute la communauté mondiale. Et après la rencontre d’Alma-Ata, ma position à ce sujet n’a pas changé. Néanmoins, je ferai tout mon possible pour que les accords qui y ont été signés conduisent à une entente réelle dans la société et facilitent la sortie de la crise et le processus des réformes.
« Je veux encore une fois souligner que durant la période de transition j’ai tout fait de mon côté pour préserver un contrôle sur des armes nucléaires. » (…) « Quand j’ai accédé aux plus hautes fonctions de l’Etat, il était déjà clair que le pays allait mal. Tout ici est en abondance : la terre, le pétrole, le gaz, le charbon, les métaux précieux, (...) et pourtant nous vivons bien plus mal que dans les pays développés, nous prenons toujours plus de retard par rapport à eux. « La raison en était déjà claire : la société étouffait dans le carcan du système administratif de commande. Condamné à servir l’idéologie et à porter le terrible fardeau de la militarisation à outrance, elle avait atteint la limite du supportable. Toutes les tentatives de réforme partielles -et nous en avons eu beaucoup- ont échoué l’une après l’autre. (...) Il fallait tout changer radicalement.
« Je comprenais qu’entamer des réformes d’une telle envergure et dans une société comme la nôtre était une oeuvre de la plus haute difficulté, et dans une certaine mesure, risquée. Mais il n’y avait pas de choix. Aujourd’hui encore je suis persuadé de la justesse historique des réformes démocratiques entamées au printemps 1985. Le processus de renouvellement du pays et de changements radicaux dans la communauté mondiale s’est avéré beaucoup plus ardu, qu’on n’aurait pu le supposer. Néanmoins, ce qui a été fait doit être apprécié à sa juste valeur. La société a obtenu la liberté, s’est affranchie politiquement et spirituellement. Et ceci constitue la conquête principale, encore insuffisamment appréciée, sans doute parce que nous n’avons pas encore appris à nous en servir. Mais aussi parce que le chemin de la liberté, que nous avons emprunté il y a 6 ans, s’est avéré épineux, incroyablement difficile et douloureux.
« Néanmoins une oeuvre d’une importance historique a été accomplie :
- Le système totalitaire, qui a (empêché) le pays de devenir heureux et prospère, a été liquidé.
- Une percée a été effectuée sur la voie des transformations démocratiques. Les élections libres, la liberté de la presse, les libertés religieuses, des organes de pouvoir représentatifs et le multi-partisme sont devenus une réalité. Les droits de l’homme sont reconnus comme le principe suprême.
- La marche vers une économie multi-forme a commencé, l’égalité de toutes les formes de propriété s’établit. En dirigeant l’économie vers le marché, il est important de rappeler que ce pas est franchi pour le bien de l’individu. Dans cette époque difficile tout doit être fait pour sa protection sociale.
« Nous vivons dans un nouveau monde :
- La « Guerre froide » est finie, la menace d’une guerre mondiale est écartée, la course aux armements et la militarisation insensée qui a dénaturé notre économie, notre conscience sociale et notre morale, sont stoppées.
- Nous nous sommes ouverts au monde, nous avons renoncé à l’ingérence dans les affaires d’autrui, à l’utilisation des forces armées en dehors du pays. En réponse, nous avons obtenu la confiance, la solidarité et le respect.
- Nous sommes devenus un des piliers principaux de la réorganisation de la civilisation contemporaine sur des principes pacifiques et démocratiques.
- Les peuples, les nations ont obtenu une liberté réelle pour choisir la voie de leur auto-détermination. Les efforts pour réformer démocratiquement l’Etat multinational nous ont conduits tout près de la conclusion du nouvel Accord de l’Union.
« Tous ces changements ont provoqué une énorme tension, et se sont produits dans des conditions de lutte féroce, sur un fond d’opposition croissante des forces du passé moribond et réactionnaire, des anciennes structures du parti et d’Etat et de l’appareil économique, ainsi que de nos habitudes, de nos préjugés idéologiques, de notre psychologie nivellatrice et parasitaire. Ils se sont heurtés à notre intolérance, au faible niveau de culture politique et à la crainte des changements. Voilà pourquoi nous avons perdu beaucoup de temps. L’ancien système s’est écroulé avant que le nouveau ait pu se mettre en marche. Et la crise de la société s’est encore aggravée.(...) Le putsch d’août a poussé la crise générale jusqu’à ses limites extrêmes. Le pire dans cette crise est l’effondrement de l’Etat. Et après la rencontre d’Alma-Ata, je demeure inquiet.
« Je suis inquiet de la perte pour nos compatriotes de la citoyenneté d’un grand pays, un fait dont les conséquences peuvent se révéler très graves pour tous. Conserver les conquêtes démocratiques de ces dernières années est pour moi d’une importance vitale. Elles sont le fruit douloureux de notre histoire. On ne peut y renoncer sous aucun prétexte. Dans le cas contraire, tous les espoirs d’un avenir meilleur seraient enterrés.
(...) « Je quitte mon poste avec inquiétude. Mais aussi avec espoir, avec la foi en vous, en votre sagesse et en votre force d’esprit. Nous sommes les héritiers d’une grande civilisation, et, à présent, il dépend de tous et de chacun qu’elle ne parte en fumée »

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